Cameroun : « Le conflit a baissé en intensité » dans la guerre contre Boko Haram

 

Un nouveau rapport d’International Crisis Group met en lumière les signes d’une diminution des conflits liés à Boko Haram. Les défis pour tourner la page sont tout de même encore nombreux.

Boko Haram serait-il en passe de disparaître dans le Nord-Cameroun ? Si la prédiction est une certitude pour certains hauts gradés de l’armée – qui tablent sur une fin du conflit en 2020 –, l’ONG International Crisis Group (ICG) temporise la situation dans un nouveau rapport, « Extrême-Nord du Cameroun : nouveau chapitre dans la lutte contre Boko Haram », publié le 14 août. Oui, « le conflit a baissé en intensité », mais les auteurs de l’étude préfèrent mettre en évidence la nouvelle ère, et les solutions potentielles qui en découlent, qui s’ouvrent au gouvernement dans sa lutte contre le terrorisme.

En effet, le constat est clair. Malgré les morts d’au moins 135 civils et 18 militaires imputées à Boko Haram depuis janvier 2018, le nombre d’attaques a considérablement réduit depuis deux ans. D’après le rapport, « l’important taux d’échec des attentats-suicides, et les redditions de combattants, en hausse depuis octobre 2017, confirment l’affaiblissement du mouvement djihadiste ». Une stabilité, pour le moment provisoire, qui ne pourra s’installer sur le long terme que si le gouvernement adopte des mesures appropriées. Et pour les chercheurs d’ICG, les autorités doivent, au plus vite, proposer des solutions à deux grands défis : le traitement des anciens combattants d’une part, et celui des membres des comités de vigilance, les milices civiles d’autodéfense qui combattent les djihadistes.

 

Le jugement des combattants

 

Première préconisation du rapport, qui s’appuie sur des sources documentaires et sur environ 150 entretiens menés entre août 2017 et mars 2018 : établir une distinction entre les militants « dangereux » et les autres. Ces évaluations initiales, dirigées actuellement par l’armée, « devraient être élargies pour inclure des policiers, des experts internationaux de la Croix-Rouge et/ou des experts de la protection de l’ONU, et éventuellement des universitaires et des chercheurs », conseille l’ONG.

 

Une fois le distinguo effectué, les plus menaçants doivent être traduits en justice et soumis à des peines de prison si nécessaire. Pour les anciens membres à faible risque de Boko Haram, « des excuses publiques et l’aide de la communauté suffiraient à les réintégrer à la société […], tout en encourageant les communautés à les accepter et à s’assurer qu’elles en ont les moyens ».

 

Pour mettre en marche ce processus, l’ONG fait une multitude de recommandations au gouvernement camerounais. Et en premier une annonce publique, dans laquelle il garantira la protection des membres de Boko Haram souhaitant se rendre. Autre conseil : consulter les pays voisins sur leurs pratiques en matière de réinsertion des anciens combattants. Côté justice, l’étude appelle à affecter une main-d’œuvre et des fonds plus importants aux tribunaux du Grand Nord afin qu’ils puissent rapidement mettre sur pied les procédures judiciaires nécessaires. Une modification de la loi antiterroriste de 2014 et du Code pénal est également suggérée, dans le but de donner aux juges et aux communautés une certaine souplesse dans le traitement des anciens membres de Boko Haram.

 

L’avenir des comités de vigilance

 

Second défi pour le gouvernement camerounais, toujours selon ICG, l’avenir comités de vigilance. Depuis 2014, ces groupes d’autodéfense, au nombre d’environ 14 000 dans le Grand Nord, ont joué un rôle essentiel contre Boko Haram. Ils fournissent des informations critiques aux forces camerounaises, les guident, affrontent parfois directement les djihadistes et protègent leurs villages, en particulier contre les attentats-suicides. Les autorités leur offrent cependant peu de soutien. Certains sont déçus de ce peu de reconnaissance et ont abandonné la lutte.

 

Mais ces milices ont également été sujettes à critiques. Certains de ses membres ont été arrêtés pour collaboration avec Boko Haram, quand d’autres ont été soupçonnés d’atteintes aux droits de l’homme contre des suspects capturés du groupe djihadiste. La prise en charge de ces milices est primordiale pour la stabilité de la région. Si aucune mesure n’est envisagée quant à leur avenir, certains groupes pourraient se tourner vers « la délinquance » et « le crime », prévient le rapport.

 

Ses auteurs recommandent donc de s’abstenir de mobiliser de nouveaux groupes d’autodéfense, et de se concentrer plutôt sur le développement de réseaux de renseignement d’État. Second point à mettre en place, l’établissement de « projets permettant leur réintégration dans la vie civile », « soit en les aidant à trouver du travail sur place, soit via le financement des microprojets dans des secteurs tels que le commerce et l’agriculture ». Enfin, « enquêter sur toutes les accusations d’abus commis par ces groupes d’autodéfense, demander des comptes aux responsables et rendre des décisions publiques » permettra le traitement de la problématique dans sa globalité.

 

Le Cameroun sur une bascule

 

La mise en place de procédures judiciaires, et des mesures pour les membres des comités de vigilance, pose deux défis auxquels doit donc répondre le gouvernement… en plus de s’attaquer aux facteurs sous-jacents qui ont permis à Boko Haram de prendre racine dans le nord du pays. « Pauvreté, exclusion de certaines communautés et divisions entre les élites locales et les jeunes », voici d’après l’ONG les raisons de l’adhésion de milliers de Camerounais à Boko Haram entre 2012 et 2016.

 

La construction d’une politique claire en la matière est donc indispensable si le pays veut pouvoir asseoir et pérenniser cette relative stabilité. Et il y a urgence. Une élection présidentielle, prévue en octobre, et la CAN 2019 sont au programme : les yeux du monde seront alors rivés sur le Cameroun. Une belle occasion de montrer que le pays a tourné la page Boko Haram.

source : lepoint.fr

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